l’amitié, la vraie

Lorsqu’on pointe le bout de son petit nez pour la première fois aux yeux du monde, notre famille, nous l’avons déjà. Elle est là, elle existe. C’est comme quelque chose d’inné dans la vie. Avec le temps, les liens du sang se renforcent plus ou moins, sont tendres ou cruels, nous rendent sujets à beaucoup d’émotions contraires, mais ne s’effacent jamais, ne disparaissent jamais. Que je parte au bout du monde ou juste au coin de la rue, que je prenne telle ou telle décision qui influera sur ma vie à venir, mes parents seront toujours là, ma soeur sera toujours ma soeur, et les autres aussi. Parce que rien ne remplace une famille. Mais l’amitié, c’est différent. On ne naît pas avec des amis. Avec nos amis. L’amitié, c’est une chose qui s’acquiert au fur et à mesure du temps. A l’école maternelle. Puis l’école primaire. Et le collège. Ensuite le lycée. Les études. Enfin la vie. Certains amis vont disparaître, s’effacer pour toujours, ne devenant parfois que des noms ou des visages sur une photo de classe. D’autres vont nous manquer et on pensera parfois à eux avec l’envie de les appeler. Parce que le temps ensemble était bien. Parce qu’on s’aimait bien. Et on ne le fera pas, parce qu’à quoi bon ? Pourquoi faire le premier pas ? Qu’est-ce qui nous lie désormais ? Piètre raisonnement que l’on suit pourtant. Malgré tout, quelques-uns vont rester, coûte que coûte. Il y aura des hauts et des bas. Des mauvais moments. Des mots qu’on regrettera d’avoir dits ou de ne pas avoir dits. Des souvenirs formidables de fous rires, de soirées, de confidences. D’amitié en somme. Mais ces amitiés-là, elles ne survivent pas seules. Pas comme ça. Pas parce que c’était vous et cette personne. Si des amitiés subsistent au temps, c’est parce qu’on les cultive, parce que l’amitié, ça se travaille, l’amitié, ça s’entretient. Il faut prendre le temps d’appeler, d’envoyer un petit texto sympa ou un mail, de trouver quelques heures pour se voir, il faut prendre le temps de montrer qu’on tient à l’autre, qu’on veut que ça dure, qu’on est pas que des potes qui se marraient ensemble en cours. Avec le temps, ça devient de plus en plus dur, c’est vrai. Mais on a tous une vie, on a tous des problèmes, et si on veut garder sa vie d’avant, ses amis d’avant, il faut prendre du temps pour, sinon tout finit par s’en aller. Et on ne peut pas dire qu’on est tous pris dans un tourbillon avec nos études, qu’on a les réseaux sociaux et le téléphone pour rester en contact et qu’un an avant de se revoir ce n’est pas si long, quand on n’a même pas vingt ans. Ca, c’est pour les vieux, c’est pour les gens qui travaillent et qui vivent aux quatre coins de la France, c’est pour les amis qui ont fait leur vie pour de bon, mariés, des enfants, peut-être un chien ou un chat, Noël avec la belle-famille et Nouvel An avec les collègues. On a besoin d’amis, de vieux amis, de très très bons amis pour vivre dans ce monde où on rejette les migrants, où on ne comprend pas que le pétrole c’est pourri et que l’argent ça sert qu’à s’acheter du Prada et une villa où cacher sa coke en toute sécurité. Personne ne peut passer toute sa vie à courir après les gens, même s’ils ont été vraiment proches, même s’ils ont vraiment compté. Les efforts, c’est dans les deux sens, sinon tout part en vrille, et c’est ça la vraie amitié. Et en fin de compte, ça ressemble à de l’amour, et l’amour si on n’en reçoit pas, on finit par arrêter d’en donner, et tout est fini.

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