ne plus manger de viande, est-ce possible?

Milan Kundera écrivait : « Il n’y a aucun mérite à bien se conduire avec ses semblables.(…) On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle mesure elles sont d’avance conditionnées par les rapports de force entre individus. La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont les relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c’est ici que s’est produite la faillite fondamentale de l’homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent. »
L’insoutenable légèreté de l’être, 1984

Cela va faire un mois que j’ai décidé de devenir totalement végétarienne. Avant je me contentais d’un mode de vie flexitarien, mangeant de la viande quand je sortais ou durant les repas de famille. Mais vivre en Allemagne, cela vous change, oui oui. Je crois qu’on ne compte plus les Français de retour au pays devenus végétariens qui se désolent du manque de propositions alimentaires pour les végétariens au restau U par exemple ou dans les restaurants qui restent traditionnels, et à moins de prendre une petite salade (et encore…), il est difficile de trouver un plat végétarien sur une carte. Même si c’est une chose qui tend à changer.

Mais pourquoi le végétarisme ? Depuis longtemps circulent sur internet ces vidéos affreuses d’abattage d’animaux, avec violence, en masse, de manière répugnante. Déjà, une première prise de conscience. Mais, me diriez-vous, pourquoi ne pas simplement manger moins souvent de viande et faire attention aux labels qui prouvent l’élevage correct de l’animal et la qualité. Car oui, la viande industrielle non merci… Et bien, oui c’est déjà un premier pas. Mais en ce qui me concerne j’ai décidé d’aller plus loin. Pour des raisons éthiques et des raisons environnementales. Si vous ne le saviez pas déjà, l’environnement, c’est un de mes sujets de prédilection (ok, pas vraiment sur ce blog encore). J’ai été élevée par des parents aux tendances écolos qui ont d’ailleurs deux magasins bios. J’ai toujours mangé des trucs étranges comme le seitan ou les croc tofu (google it), bu du lait de riz ou de soja au petit déjeuner et mangé des fruits de saison. J’ai une grand-mère très portée sur l’écologie également avec des autocollants en tous genres collés sur sa voiture pour protester contre le nucléaire ou autre. On n’a jamais non plus été des gros mangeurs de viande dans la famille. Donc mon environnement de départ était assez propice à ma transition végétarienne. Et mon arrivée en Allemagne a clairement rendu cette transition inévitable. J’avais déjà rencontré quelques étudiants de l’année supérieure de mon cursus qui avaient raconté qu’ici, devenir végétarien, c’est tellement simple que, quand ils sont revenus à Lille, c’était fini, le végétarisme s’était emparé d’eux ! Et puis on rencontre pas mal de gens végé ou vegan, du coup, on réfléchit, on se pose des questions, on se renseigne, on lit pas mal d’articles sur le sujet, et on décide de sauter le pas. Parce que ça paraît évident. Certains diront que c’est de l’extrémisme et très radical (clin d’oeil à ma marraine que j’adore quand même). D’autres accepteront tout de suite mais sans vraiment trop comprendre. Et encore d’autres trouveront ça génial. Bref, les avis sont variés. Mon père a trouvé un nouveau sujet de blagues et ma mère m’a acheté de la Spiruline. Et voilà, presque un mois que je n’ai pas touché un morceau de viande (j’ai même fait une raclette sans viande…), et je peux vous dire que je le vis très très bien.

Après il y a l’étape supérieure, devenir vegan, supprimer tous les produits laitiers ou provenant des animaux. Alors, je ne dis pas que je ne franchirai jamais le pas (et oh je vois déjà les gros yeux de ma famille et de certains de mes amis haha), mais pour l’instant je ne suis pas prête à renoncer aux oeufs (oui j’aime quand même mes omelettes ratées) et à nos bons fromages accompagnés de leur petit verre de vin ! Mais entre le végétarisme et le véganisme, il n’y a qu’un pas. Sachez-le.

Voilà voilà, vous savez tout ! Et ici 400 raisons de devenir végétarien « pour sauver des vies et la planète ».

Et puis bon, Darwin, Edison, Huxley, Kafka, von Humboldt, Platon, Sand, Voltaire, Einstein, Socrate, et j’en passe, étaient eux aussi végétariens… Alors pourquoi pas vous ?

P.S.: Pourquoi vous mangez du poulet alors que pour rien au monde vous ne voudriez qu’on tue votre chat ?

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on s’arrêtera pas de vivre, jamais jamais jamais

Aujourd’hui, je suis amour. Je suis solidarité. Je suis compassion. Je suis humanisme. Je suis espoir. Je suis lumière. Mais je suis incompréhension. Et dévastation. Et je mentirais si je disais que je n’étais pas un peu angoisse. Je suis question. Multitude de points d’interrogation. Je suis larmes. Je suis cœur brisée. Je suis obscurité. Je suis souffrance. Mais je suis . Je suis debout. Je suis droite. Je suis combat. Je suis liberté

Et malgré la souffrance et les larmes et la peur, il restera toujours l’amour. Et il faudra toujours continuer de croire en l’humanité. Et la liberté et autres droits de l’homme resteront toujours les valeurs de nos cœurs. Et on ne baissera pas les bras. Et on n’arrêtera pas de vivre. Et on ne leur donnera pas le plaisir de les laisser gagner. Et on n’aura pas peur tant qu’on se battra pour tout ce en quoi on croit. Toutes nos valeurs. Tous nos droits. Et nos rêves. 

Qu’est-ce qui pousse des hommes, des humains à agir de la sorte ? Qu’est-ce qu’il se passe dans leur tête ? Peut-on être encore plus inhumain ? Pourquoi ? Pourquoi tout ça ?

Est-ce que j’ai peur de ce que le monde est ? Oui sûrement un peu, quand même.

Est-ce que je n’ai pas les mots ? Oui comme tout le monde, on n’a jamais les mots suffisants. Les mots qui expriment vraiment ce qu’on ressent.

Est-ce que j’ai envie de crier et de hurler toute mon horreur et mes émotions ? Oui.

Je n’ai perdu personne. Juste une bonne centaine de semblables. Juste un petit quelque chose de plus en moi qui s’est brisé. Comme après Charlie. Mais on garde la tête haute, on restera là.

À toutes ces personnes perdues. A toutes les victimes. A tous. 

Mal. Douleur. Peine. Solidarité. Unité. Humanité. Amour.

© Martin Bureau pour l'AFP

© Martin Bureau pour l’AFP

l’amitié, la vraie

Lorsqu’on pointe le bout de son petit nez pour la première fois aux yeux du monde, notre famille, nous l’avons déjà. Elle est là, elle existe. C’est comme quelque chose d’inné dans la vie. Avec le temps, les liens du sang se renforcent plus ou moins, sont tendres ou cruels, nous rendent sujets à beaucoup d’émotions contraires, mais ne s’effacent jamais, ne disparaissent jamais. Que je parte au bout du monde ou juste au coin de la rue, que je prenne telle ou telle décision qui influera sur ma vie à venir, mes parents seront toujours là, ma soeur sera toujours ma soeur, et les autres aussi. Parce que rien ne remplace une famille. Mais l’amitié, c’est différent. On ne naît pas avec des amis. Avec nos amis. L’amitié, c’est une chose qui s’acquiert au fur et à mesure du temps. A l’école maternelle. Puis l’école primaire. Et le collège. Ensuite le lycée. Les études. Enfin la vie. Certains amis vont disparaître, s’effacer pour toujours, ne devenant parfois que des noms ou des visages sur une photo de classe. D’autres vont nous manquer et on pensera parfois à eux avec l’envie de les appeler. Parce que le temps ensemble était bien. Parce qu’on s’aimait bien. Et on ne le fera pas, parce qu’à quoi bon ? Pourquoi faire le premier pas ? Qu’est-ce qui nous lie désormais ? Piètre raisonnement que l’on suit pourtant. Malgré tout, quelques-uns vont rester, coûte que coûte. Il y aura des hauts et des bas. Des mauvais moments. Des mots qu’on regrettera d’avoir dits ou de ne pas avoir dits. Des souvenirs formidables de fous rires, de soirées, de confidences. D’amitié en somme. Mais ces amitiés-là, elles ne survivent pas seules. Pas comme ça. Pas parce que c’était vous et cette personne. Si des amitiés subsistent au temps, c’est parce qu’on les cultive, parce que l’amitié, ça se travaille, l’amitié, ça s’entretient. Il faut prendre le temps d’appeler, d’envoyer un petit texto sympa ou un mail, de trouver quelques heures pour se voir, il faut prendre le temps de montrer qu’on tient à l’autre, qu’on veut que ça dure, qu’on est pas que des potes qui se marraient ensemble en cours. Avec le temps, ça devient de plus en plus dur, c’est vrai. Mais on a tous une vie, on a tous des problèmes, et si on veut garder sa vie d’avant, ses amis d’avant, il faut prendre du temps pour, sinon tout finit par s’en aller. Et on ne peut pas dire qu’on est tous pris dans un tourbillon avec nos études, qu’on a les réseaux sociaux et le téléphone pour rester en contact et qu’un an avant de se revoir ce n’est pas si long, quand on n’a même pas vingt ans. Ca, c’est pour les vieux, c’est pour les gens qui travaillent et qui vivent aux quatre coins de la France, c’est pour les amis qui ont fait leur vie pour de bon, mariés, des enfants, peut-être un chien ou un chat, Noël avec la belle-famille et Nouvel An avec les collègues. On a besoin d’amis, de vieux amis, de très très bons amis pour vivre dans ce monde où on rejette les migrants, où on ne comprend pas que le pétrole c’est pourri et que l’argent ça sert qu’à s’acheter du Prada et une villa où cacher sa coke en toute sécurité. Personne ne peut passer toute sa vie à courir après les gens, même s’ils ont été vraiment proches, même s’ils ont vraiment compté. Les efforts, c’est dans les deux sens, sinon tout part en vrille, et c’est ça la vraie amitié. Et en fin de compte, ça ressemble à de l’amour, et l’amour si on n’en reçoit pas, on finit par arrêter d’en donner, et tout est fini.

« strange things did happen here »

Comment décrire le choc ? Comment décrire l’horreur ? Ou encore l’angoisse ? La frayeur ? Comment décrire ce sentiment qui nous a tous retournés ? « Tchernobylisés », adjectif qui nous décrit si bien et que j’ai un jour lu dans un roman de Justine Lévy ? C’est pour ça que j’écris, « non pas une lettre, ni même un journal intime. Non. Simplement écrire. Comme on respire. Pour vivre. » (Pierre Bottero) Et d’ailleurs, je vais vous faire un article un peu spécial, parce que c’est dur de mettre des mots sur ce qui nous traverse, c’est difficile de décrire un choc, c’est délicat de trouver les mots justes. Même s’ « il est plus aisé de confier aux mots qu’aux paroles ce que l’on a à dire. » (Pierre Lagier) Alors, après quatre ans de récolte de citations à travers tous les romans que j’ai pu lire, tous les films que j’ai pu voir, toutes les chansons que j’ai pu écouter, je vais utiliser celles que j’ai sélectionnées pour appuyer mes propos.

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« Écrire, c’est porter plainte » (Frédéric Beigbeder), et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, je tape frénétiquement sur mon clavier, depuis ma petite chambre d’adolescente retrouvée pour les vacances. Car oui, je ne suis qu’une étudiante, de retour chez ses parents pour se reposer après quelques jours intenses de partiels. Et c’est mercredi que je passais le dernier, mercredi matin. « Tous les matins du monde sont sans retour » (Pascal Quignard), celui-là particulièrement. Quand je me suis assise à ma table vers 9h20, quand j’ai regardé le sujet et poussé intérieurement un cri de désespoir, quand j’ai joué avec la coccinelle jaune qui se baladait sur ma table, quand j’ai été si heureuse de voir que T. arrivé plus d’une heure en retard (et toujours en retard, quand ce n’est pas absent) n’a pu venir passer son partiel, jamais je ne me serai doutée que ce serait mes derniers véritables moments insouciants pour les jours à venir. Un peu avant midi, j’ai quitté la salle. J’ai rallumé mon portable. Descendu les escaliers pour aller à la cafétéria. J’ai commencé à recevoir les notifications habituelles du Monde, du Hufftington Post, de BFMTV et autres médias. « Fusillade à Charlie Hebdo ». Je n’ai pas immédiatement réagi. J’ai envoyé un message à ma mère pour lui dire comment s’était passé l’épreuve. J’ai acheté de quoi manger. Je me suis installée. Et j’ai lu un article tout autre sur un sujet que j’ai aujourd’hui oublié. Je suis ensuite rentrée. J’ai préparé mes affaires car je rentrais chez moi le soir après avoir fait les soldes en famille à Lille. C’est seulement quand j’ai retrouvé mes parents et qu’on en a un peu discuté que j’ai véritablement réalisé. En fait, j’ai mis un après-midi entier à réaliser. Jusqu’ici je n’avais pas vraiment saisi à quel point ce monde est « globalement barbare » (Enki Bilal). Évidemment, je savais qu’il y régnait beaucoup d’horreur, de crimes commis en toute impunité, de gens malveillants qui cherchaient à faire de lui leur unique terrain de jeu soumis à leurs propres règles.

Il est bientôt une heure du matin. Déjà deux heures que j’essaie d’écrire cet article. De vous raconter la manière dont j’ai vécue l’événement. Mais c’est dur. Vous savez, j’ai mal là. Vous savez, au cœur. J’ai mal au plus profond de moi. « J’ai la vie qui m’pique les yeux, j’ai mon p’tit cœur qu’est tout bleu, dans ma tête j’crois bien qu’il pleut, pas beaucoup, mais un p’tit peu » (Renaud)

Ils les ont tués. De sang froid. Ces 17 victimes. Ces 17 personnes humaines. Ces 17 sourires. Ces 17 regards donnés sur le monde. Ces 17 personnalités. Ces 17 personnes comme toi et moi. « Les animaux d’une même espèce ne luttent jamais à mort : le vainqueur épargne le vaincu. L’espèce humaine est privée de cette protection. » (René Girard) Car il y a des cons qui sous prétexte qu’on les combat avec des mots, avec des dessins, avec des chansons, sous prétexte qu’on pense différemment, sous prétexte qu’on n’est pas comme eux, estiment devoir répliquer en faisant couler le sang, au nom d’une religion qui n’a pourtant rien à voir avec eux, qui ne les représente pas. Mais tout le monde le sait « vivre, c’est courir des risques. » (Paulo Coehlo) Et surtout Cabu, Charb, Tignous et Wolinski le savaient mieux que personne. Mais ils n’avaient pas peur, car « ceux qui ont peur de la mort ne sont pas des gens curieux » (Frédéric Beigbeder), et leur regard sur le monde était si ouvert, et critique, envers tous, contre tout. Et ils savaient qu’ils étaient une menace car leurs dessins pouvaient devenir des prises de conscience parmi les plus fermés d’entre nous. Et ils savaient donc aussi qu’ils étaient tout autant menacés, que le risque les poursuivait sans cesse. Et « je voudrais que le chagrin soit effervescent, comme ça je verserais de l’eau, et je le regarderais se dissoudre lentement » (Ondine Khayat) parce que j’ai été incroyablement touchée, et je ne suis pas sûre de tout comprendre. Pourquoi ? Comment en est-on arrivé là ? Mais à tous ces « gros enculés » (Le Gorafi) de terroristes, sachez que vous êtes seuls. Que vous êtes incroyablement seuls, parce qu’hier la France, mais également le monde entier, s’est levé. « Ce qu’il y a de fantastique avec la vie, c’est qu’elle continue. » (Frédéric Beigbeder). Ces quatre derniers jours, la France a vécu des moments de solidarité, de fraternité intenses en réponse à ces actes hautement condamnables. Tout le monde s’est mobilisé dans un même but, pour une même cause. Soutenir Charlie et les nombreux morts, se battre pour la liberté d’expression, la liberté tout court. Leur montrer que NON, ON NE SE LAISSERA PAS FAIRE. OUI, NOUS NOUS BATTRONS. « En pensant à ça, je me dis que finalement, c’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir, mais aussi quelques moments de beauté où le temps n’est plus le même. C’est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèses dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais. C’est ça, un toujours dans le jamais. » (Muriel Barbery) Nous étions tous ensemble, à Paris, ou en Province, Berlin ou New York, Londres ou ailleurs, réunis pour la liberté. Parce que « dans un roman, tu peux tourner les pages et recommencer une nouvelle fois et tout le monde vit une fois de plus. Ça ne marche pas dans la réalité. » (Ally Condie) Alors il faut se battre, et ne jamais cesser de se battre, et toujours croire en nos convictions.

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« Une génération est une classe d’âge qui a vécu à vingt ans un événement historique dont elle ne se remettra jamais et qui la marquera à jamais. » (Frédéric Beigbeder)

Nous n’oublierons jamais. Je n’oublierai jamais. Je resterai Charlie et tous ses morts.

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