roman #5

Après encore quelques mois de silence littéraire, je reviens aujourd’hui avec un nouveau roman ! Et un roman que je qualifierais de captivant ! Paru en 2013, j’ai eu le plaisir de le découvrir suite à un cadeau. Donc merci les amies pour votre bon goût littéraire ! J’ai lu ce livre durant mon voyage en Europe parmi tous les trains que j’ai pris, je dois dire qu’il a été un très bon accompagnateur ! Dans ce billet, il sera donc question de Americanah écrit par Chimamanda Ngozie Adichie.

Chimamanda Ngozie Adichie est une auteure nigériane, autour de la quarantaine. Elle a quitté le Nigéria à l’âge de 19 ans pour les Etats-Unis d’Amérique où elle a poursuivi ses études dans quatre universités différentes (Philadelphie, Connecticut, Baltimore et Yale). Le titre de son ouvrage renvoie à la façon dont sont appelé-e-s les expatrié-e-s qui reviennent des USA (merci Wiki!).

On suit principalement l’histoire d’Ifemelu, jeune nigériane émigrée aux USA pour étudier qui décide de revenir dans son pays natal alors que sa vie aux USA est déjà construite malgré toutes les épreuves traversées pour en arriver jusque-là. Et celle d’Obinze, son amour de lycée, qui a tenté de rejoindre le Royaume-Uni de son côté, mais en a été expulsé et a fait sa vie au Nigéria, une vie réussie. Ce roman confronte aussi les cultures. Comme on le lit sur la quatrième de couverture (comme ça, je ne vous spolié rien), Ifemelu raconte :

« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »

La couleur de peau n’a d’importance que celle que la société lui donne et nous savons qu’en Amérique, comme dans nos sociétés de l’autre côté de l’Atlantique, elle en a. Ifemelu raconte son parcours pourtant réussi, mais on y comprend aussi le racisme ordinaire dont elle est victime malgré son intégration incontestable dans la société américaine.

Cela raconte aussi la communauté noire aux USA, les différentes communautés de couleur, les différences entre les différentes « sous »-communautés (pas dans le sens inférieur hein !), le fait d’être (presque) condamné à ne rester qu’entre « elleux » car ils sont communauté, à être toujours considéré-e comme une personne qui a incroyablement bien réussi du côté des « Blanc-he-s » car elle est « Noire » ou qui a oublié son pays du côté des « Noir-e-s » en côtoyant les « Blanc-he-s ». Ifemelu, dans sa réussite, n’a plus que des ami-e-s blanc-he-s qui n’ont aucune idée de la réalité des discriminations, qui ont lu des livres et des journaux, qui regardent les infos, qui écoutent la radio et qui ensuite se complaisent dans leurs beaux discours sur les inégalités, le racisme, les injustices alors qu’en fin de compte – comme beaucoup d’entre vous, comme moi – ils n’en savent rien, n’ont pas vécu, ni vu la moitié de ce que des personnes de couleur peuvent vivre, voir ou encore entendre.

Cela raconte également les inégalités entre les pays développés et le reste. Ifemelu qui vivait bien dans son pays, se retrouve confrontée à un pays beaucoup plus cher où l’on paye une fortune pour un jean, alors qu’il s’agit seulement de s’habiller et où elle se retrouve à faire des jobs dont elle n’a pas la moindre vie. Ce roman, c’est l’histoire attachante de cette Nigériane qui retourne au pays car son pays d’accueil ne l’a jamais vraiment considéré à 100% comme une des leurs, mais comme la représentante des opprimé-e-s. Mais en arrivant chez elle, elle n’est plus la même non plus, et tout est différent.
Comment comprendre la réalité ? Comment concilier les cultures ? Comment faire tomber les barrières ?

Ce n’est pas non plus un récit moralisateur destiné à vous remettre en place en tant que personne cis blanche. C’est juste une histoire vraie car sûrement inspirée de la vie de l’auteure, ainsi que de celles de beaucoup de Nigérian-e-s émigré-e-s aux USA. C’est juste la réalité racontée avec des mots bien choisis par une auteure extra !

Disponible à la Fnac en ce moment à partir de 8,80€ en magasin.

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roman #4

Ma dernière lecture revêt sûrement une grande importance dans le monde du végétarisme et du véganisme. Je viens de commencer La libération animale de Peter Singer, qui va sûrement me prendre quelques mois puisque je lis beaucoup trop peu pour moi-même pendant les périodes de cours. Mais cette nouvelle lecture se trouve dans la continuité de mon processus de réflexion et de celle que je viens de finir dans l’avion me ramenant en France hier : Faut-il manger les animaux ? Par Jonathan Safran Foer (sorti en 2009 aux USA, en 2011 en France).

Jonathan Safran Foer est un jeune écrivain américain – oui d’accord il va avoir 40 ans cette année, mais la vieillesse est relative… Cet auteur est connu notamment pour ses premiers romans comme Tout est illuminé de 2002. Je ne l’ai pas lu, mais il paraît qu’il est très bien. Faut-il manger les animaux ? comme son titre l’indique essaye de répondre à une question très précise, en tout cas d’argumenter sur une question très précise. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Jonathan Safran Foer ne fait pas une critique extrêmement dure des consommateurs de viande, n’essayent pas de propager sa vision des choses, mais aborde ces sujets (la consommation de produits animaux, le problème de l’élevage industriel, les conditions de vie et de mort des animaux élevés, etc.) de manière très neutre et objective selon moi. Il expose des faits, des données, des événements réels, relate des entretiens avec des propriétaires d’élevages, des végétariens, des activistes, etc. Il ne s’intéresse pas à un seul point de vue, essaye de comprendre pourquoi, comment, qui. 

Et j’ai envie de citer un passage, au tout début du livre (pp.25-26 de l’édition de poche) qui me semble très intéressant, qui en dit long sur la conscience que nous avons de notre consommation de viande actuelle : 

« Presque toujours, quand je disais à quelqu’un que j’écrivais un livre sur la consommation des animaux, cette personne en concluait, sans même avoir la moindre idée de mes opinions, que ce serait un plaidoyer pour le végétarisme. C’est là un préjugé extrêmement révélateur, un a priori qui traduit non seulement la conviction qu’une enquête minutieuse sur l’élevage des animaux inciterait n’importe qui à renoncer à manger de la viande, mais aussi que la plupart des gens savent déjà que ce serait la seule conclusion à en tirer. »

J’ai beaucoup apprécié ce roman, car il ne s’agit pas seulement d’un roman en fait, il s’agit d’une réflexion importante sur un problème grave de notre société, un bouquin extrêmement facile d’accès et à comprendre, un incontournable selon moi ! Evidemment, Jonathan Safran Foer traite de l’Amérique, des Etats-Unis et non pas de l’Europe, mais est-ce que cela change vraiment quelque chose lorsqu’on voit les vidéos publiées par L214 ? Les témoignages d’employés espagnols dans des abattoirs ? Non pas vraiment.

En tout cas, vraiment, si vous êtes sceptiques sur les raisons du végéta*isme ou véganisme, s’il-vous-plaît, prenez le temps de lire ce livre, il n’est pas si long, tout à fait intéressant et très documenté. Je ne cherche pas à vous convaincre à passer à l’acte car évidemment, je sais que je vais me heurter à de grosses difficultés avec ma seule voix, mais prenez le temps de lire, juste lire.

A la Fnac à partir de 5,85€ d’occasion.

roman #3

Voici donc ma troisième recommandation littéraire. On peut appeler ça ma lecture de l’été puisque je l’ai littéralement commencée fin mai/début juin et fini en août (mais oui je sais que l’été ne commence que le 21 juin). Je m’améliore : seulement cinq entre ma dernière recommandation et celle d’aujourd’hui. Il s’agit de La Bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald.

Katarina Bivald est une écrivaine suédoise. La Bibliothèque des cœurs cabossés est son premier roman paru en 2015. Je l’ai reçu pour mon anniversaire il me semble. Mais n’ai fini de le lire qu’en août car en fait, la vie d’étudiante, c’est très très prenant – même pendant les vacances. Cependant La Bibliothèque des cœurs cabossés est un très bon roman, plutôt un très joli roman. Un roman tout doux.

L’héroïne du roman de Katarina Bivald est également suédoise et libraire de profession. L’auteure a elle-même travaillé dans une librairie. Je ne connais pas Katarina Bivald, mais je pense que l’héroïne, Sara Lindqvist, lui ressemble fortement. Je suis de toute façon de l’avis que les héroïnes et héros de romans, de nouvelles, de bandes dessinées ont toujours une part de l’auteur en eux et reflètent toujours un peu la personnalité de ceux qui les créent. On ne crée – selon moi – jamais indépendamment de sa personnalité, de sa façon de voir les choses et le monde, même si on veut rester le plus neutre possible du monde. Un personnage fictif est toujours inspiré par nos propres impressions de la vie. Bref. Je m’éloigne. Quoi qu’il en soit, je pense que l’héroïne ressemble à l’auteure.

Sara est donc une Suédoise un peu timide et maladroite sur les bords. Son unique passion : les livres. Elle entretient depuis un bout de temps une correspondance régulière avec Amy, une Américaine, déjà âgée. Leur échange se base principalement sur la littérature. Elles partagent leurs points de vue sur telle ou telle œuvre, s’envoie des romans, s’en recommandent d’autres. Un jour, Sara lui rend visite à Broken Whell, dans l’Iowa. Une ville perdue si on en croit la description qu’en fait l’auteure. Une ville que tout le monde a oublié et dont seuls ses habitants permet encore la subsistance. Mais quand Sara arrive, Amy n’est plus là… Il s’ensuit alors des aventures en tout genre. Plutôt banales à vrai dire, mais très rigolotes, très anecdotiques sur cette ville qu’est Broken Whell et sur l’Amérique. On s’imagine cette ville perdue que tout le monde a oublié et que peut-être même les cartes ne mentionnent plus. On est attendris par ses habitants qui savent qu’il n’y a plus rien à faire ici et que l’avenir de Broken Whell est limité, mais qui restent quand même parce que c’est ici, chez eux. On développe une certaine antipathie pour les habitants d’Hope, la grande ville proche, beaucoup plus vivante, qui parlent déjà de Broken Whell comme d’une ville morte. Et surtout on adore Sara qui va essayer de faire revivre la ville, qui va apparaître tel un rayon de soleil dans la vie de ces gens et leur donner envie de vivre. Pas simplement d’exister.

Voilà, ce n’est pas un thriller qui va vous maintenir en haleine du début à la fin, ce n’est pas un roman qui raconte un grand événement de l’histoire, ce n’est pas un roman philosophique. Ce n’est rien de « grand » si on suit la définition usuellement donnée aux « grandes » œuvres. Mais malgré tout il y a ce petit côté spirituel, réflexion sur notre vie de tous les jours, et ce pétillant. Je vous conseille. Un beau roman. Un roman tout doux.

A la Fnac à partir de 4,16€.

roman #2

Six mois après ma première recommandation en matière de romans, je me décide enfin à vous parler d’un autre de mes romans préférés. Alors, de quoi s’agit-il ? Suspens, suspens. (…) Belle du Seigneur par Albert Cohen ! Pourquoi Belle du Seigneur ? Premièrement, certainement parce que je suis une grande romantique, amoureuse des histoires d’amour en tous genres, et en particulier celles qui finissent mal. Deuxièmement parce qu’il s’agit tout de même d’un chef d’oeuvre du 20e siècle. Publié en 1968, Belle du Seigneur est en réalité le troisième volume d’une tétralogie. Mais je dois bien l’avouer, je n’ai lu aucune des autres oeuvres. Belle du Seigneur n’a, selon moi, pas besoin de ses prédécesseurs et de son successeur, pour exister. Je ne connais pas vraiment Albert Cohen, si ce n’est qu’il est suisse et que ce roman est le summum de son oeuvre. La version que je possède est une version de poche, celle de Folio. Il est vrai que le nombre de pages peut au début vous rebuter. En effet pour lire 1000 pages, il faut avoir du courage. Mais je vous assure, que cela en vaut le coup. Enfin quoi que, c’est sûrement (comme c’est le cas pour beaucoup de choses) quitte ou double. On adore ou on déteste.

Mais qu’est-ce que raconte exactement Belle du Seigneur ? La naissance d’une histoire d’amour passionnée entre deux jeunes gens : Ariane et Solal. Ariane pourtant mariée, une vie bien réglée. Mais Solal est un séducteur et a beaucoup plus de charme que son mari, Adrien. Leur passion va alors se développer, une passion sans équivoque qui pourtant va peu à peu perdre sa splendeur. Mais elle ne disparaîtra cependant pas totalement parce qu’Ariane et Solal vont trouver une « solution ». Je n’ai pas envie de vous en dire plus car c’est la fin du roman et pour moi toute la beauté se trouvent là. Même si cela paraît en même temps totalement stupide. D’ailleurs, c’est lire un extrait de la fin du roman en cours de littérature au lycée qui m’a donné envie de me le procurer. Et je dois dire que je ne regrette pas. Mais à côté de cette histoire d’amour enflammée, Albert Cohen via son héros juif aborde aussi le thème de l’antisémitisme, fortement prégnant à l’époque où il écrit son oeuvre. Et grâce au personnage d’Adrien, le roman a malgré tout un côté comique, se moquant des personnages comme Adrien. Personnage médiocre, sans qualités exceptionnelles, sans réussite extraordinaire. Et par extension se moquant d’un certain type de société.

Quant à mon avis sur le roman, vous avez déjà pu lire que j’avais beaucoup aimé et que cela en vaut le coup. Belle du Seigneur est pour moi une oeuvre magnifique et étincelante. Déjà une grande amoureuse de base, ce livre a encore bouleversé ma vision de l’amour et l’a rendue sûrement encore plus passionnée. (Oui, vous avez le droit de vous moquer ou de rigoler, mais pas de commentaires s’il-vous-plaît haha.) Malgré tout, je n’ai pas vraiment aimé le film. Pour moi, cela reste un roman extraordinaire, mais le film n’a pas répondu à mes attendes. Bref, je recommande le bouquin ! Comme l’a qualifié les Inrocks il s’agit d’une « histoire d’amour absolue, indépassable ». Et comme disait Paul Creth pour la Voix du Nord à sa sortie en 1968: « Belle du Seigneur est beaucoup plus qu’un roman : un monument, une cathédrale, un morceau de temps recréé dans sa générosité, sa totalité. » Cela résume parfaitement bien ma vision de l’oeuvre.

A partir de 3€66 d’occasion à la Fnac.

roman #1

Ce soir, je vais vous présenter un de mes livres favoris que j’ai également emmené en Allemagne. Je vous rassure, j’ai réduit la quantité de bouquins emportés par rapport à ceux que j’avais transportés de Reims à Lille… considérablement ! Ce soir, je vais donc vous parler de Rien ne s’oppose à la nuit, par Delphine de Vigan. Cela fait déjà un petit moment que je l’ai lu et aussi qu’il est sorti (2011 si je ne m’abuse). Delphine de Vigan frise maintenant la cinquantaine (rien de cynique là-dedans je vous assure), elle a le même âge que mon père. Elle a déjà écrit plusieurs ouvrages et j’en ai lu quelques-uns comme Jours sans faim, Les Heures souterraines, No et moi (qui a d’ailleurs été adapté au cinéma) ou encore Les Jolis Garçons. Cette année est paru D’après une histoire vraie, roman qui a obtenu le Prix Renaudot et que j’aimerais beaucoup lire (idée de cadeau de Noël adressée à mes proches… *clin d’oeil soutenu*). Bref, Delphine de Vigan est une auteure que j’apprécie et que je connais donc un peu par ses oeuvres.

Rien ne s’oppose à la nuit dans son édition originale vous fera peut-être peur par ses 436 pages (je sais que certains aiment peu les romans longs), mais je vous assure qu’il faut aller au-delà. Ce n’est pas pour rien que le roman sera récompensé par plusieurs prix (prix du Roman Fnac 2011, prix Renaudot des Lycéens 2011, prix France Télévisions Roman 2011, et aussi prix de l’héroïne de Madame Figaro 2012, prix des lycéennes de ELLE 2012 et Grand Prix des Lectrices ELLE 2012).

Bien sûr si vous recherchez le comique, les fous rires à chaque coin de page et une histoire posée, tranquille, sans encombre, sans mystère, sans surprise, sans ambiguïté, je vous conseille de passer votre route, car Rien ne s’oppose à la nuit est loin d’incarner une source de joie. C’est un roman profond, fort, mais surtout, terrible. Comme souvent dans ses écrits, Delphine de Vigan laisse paraître à travers ses mots, ses phrases une part de sa personnalité, de son histoire. Dans Rien ne s’oppose à la nuit, elle nous en livre une (très) bonne part. Une bonne part de cette histoire douloureuse, déchirante, tourmentée où les blessures que l’on subit au cours de sa vie, qui commencent dès l’enfance sont explicitées, décrites, simplement racontées comme de banals événements. Non pas que l’histoire soit forcément banale et que Delphine de Vigan soit banale, oh non, loin de là, mais il n’y a pas de distance. Le lecteur se sent concerné. JE me suis sentie concernée. J’ai pleuré au cours de ma lecture. J’ai ressenti ces émotions torturées, cette douleur qui est parfois silencieuse mais qui existe. Le titre est déjà très indicateur quant à la teneur de l’histoire. Rien ne s’oppose à la nuit, rien ne s’oppose aux ténèbres, rien ne vient contrer l’obscurité. Les côtés sombres de nos vies, de nos passés, de nos histoires personnelles ressortent toujours et nous hantent perpétuellement. Et l’histoire de cette mère bipolaire, qui s’est suicidée et qui laisse une fille, Lucile, hantée par cette dernière, par ses souvenirs, nous touche, nous émeut, ne nous lâche pas une seule seconde. On ressent la douleur et on vit l’obscurité lors de la lecture, mais pour rien au monde, on n’arrêterait. Comme quoi la solitude n’est voulue par personne, mais nous préoccupe tous et on veut savoir pourquoi cela finit toujours mal, qu’est-ce qui nous pousse à lutter ou non, à travailler là-dessus ou pas.

Rien ne s’oppose à la nuit est un livre formidable et il existe d’occasion dès 2,85€ en format poche à la Fnac et se trouve également très certainement en bibliothèque, alors (tant que vous n’êtes pas dans une phase suicidaire) courez vous le procurer, car mon avis n’est qu’un avis et en rien une critique ou quoi que ce soit dont je pourrais me vanter être capable de faire. Forgez-vous le vôtre, j’espère vous avoir donné envie de lire.

l’écriture

Est-ce qu’on écrit forcément pour plaire aux autres ou est-ce qu’on écrit pour soi, pour se décharger de certaines choses, ou encore parce qu’on a envie d’en partager d’autres ? Ceci est un message pour mon cher et tendre papa qui trouve que bon, mes articles n’ont quand même pas beaucoup de style. Ainsi je lui réponds par écrit. Vu qu’apparemment il lit mon presque autant cher et tendre blog. Oh, rien de revanchard là-dedans, ni une quelconque marque de fierté, non non, je veux juste expliquer le pourquoi du comment de ce blog pour ceux qui s’attendent ou pensent ou s’imaginent ou se disent que peut-être je voudrais faire de lui un bouquin à la toute fin, quand ma vie estudiantine sera terminée. Loin de moi cette idée. Vous avez vu ce que j’écris ? Rien de très littéraire. Quelques phrases entreposées par-ci par-là pour vous raconter Sciences Po, ma vie, mes états d’âme, mes quelques voyages que vous pouvez retrouver ailleurs en photo. Certains articles, je l’avoue, sont bâclés. Je pose les mots là, les uns à la suite des autres, juste pour raconter des choses que j’ai envie de partager, de transmettre. La vie d’étudiante n’est pas facile et on manque souvent de temps pour les choses qui nous tiennent vraiment à coeur, comme l’écriture pour moi. Alors oui, ce blog n’est pas le blog d’une romancière, il n’est pas une suite d’articles tous bien tournés, à la virgule près, il est juste moi, aussi pressé que moi, aussi rapide que moi, parce qu’il y a tellement d’autres choses à côté, tellement d’autres impératifs. L’écriture reste quelque chose de très important pour moi, mais si j’écris si peu dans mon journal, c’est pour ne pas lui balancer des mots encore moins bien assemblés, accordés, liés qu’ils ne peuvent l’être ici. L’écriture est certes quelque chose de précieux qu’il faut savoir manier avec soin, quelque chose qui se travaille comme tout art en ce monde. Les dons aussi, il faut les cultiver. Mais l’écriture est également juste un moyen de lâcher tout, lâcher prise, lâcher ce qu’on a juste à dire comme ça, en passant, vite fait, parce qu’on veut le garder en mémoire, on veut que le monde le garde en mémoire, pour nous laisser le temps d’en faire peut-être plus tard quelque chose de plus beau. Voilà, Papa, l’explication du manque de style de ce blog. Quand tu liras le livre que je réussirai peut-être à sortir un jour, j’espère que là, il y aura un vrai style.. Mais nous n’y sommes pas encore.

« strange things did happen here »

Comment décrire le choc ? Comment décrire l’horreur ? Ou encore l’angoisse ? La frayeur ? Comment décrire ce sentiment qui nous a tous retournés ? « Tchernobylisés », adjectif qui nous décrit si bien et que j’ai un jour lu dans un roman de Justine Lévy ? C’est pour ça que j’écris, « non pas une lettre, ni même un journal intime. Non. Simplement écrire. Comme on respire. Pour vivre. » (Pierre Bottero) Et d’ailleurs, je vais vous faire un article un peu spécial, parce que c’est dur de mettre des mots sur ce qui nous traverse, c’est difficile de décrire un choc, c’est délicat de trouver les mots justes. Même s’ « il est plus aisé de confier aux mots qu’aux paroles ce que l’on a à dire. » (Pierre Lagier) Alors, après quatre ans de récolte de citations à travers tous les romans que j’ai pu lire, tous les films que j’ai pu voir, toutes les chansons que j’ai pu écouter, je vais utiliser celles que j’ai sélectionnées pour appuyer mes propos.

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« Écrire, c’est porter plainte » (Frédéric Beigbeder), et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, je tape frénétiquement sur mon clavier, depuis ma petite chambre d’adolescente retrouvée pour les vacances. Car oui, je ne suis qu’une étudiante, de retour chez ses parents pour se reposer après quelques jours intenses de partiels. Et c’est mercredi que je passais le dernier, mercredi matin. « Tous les matins du monde sont sans retour » (Pascal Quignard), celui-là particulièrement. Quand je me suis assise à ma table vers 9h20, quand j’ai regardé le sujet et poussé intérieurement un cri de désespoir, quand j’ai joué avec la coccinelle jaune qui se baladait sur ma table, quand j’ai été si heureuse de voir que T. arrivé plus d’une heure en retard (et toujours en retard, quand ce n’est pas absent) n’a pu venir passer son partiel, jamais je ne me serai doutée que ce serait mes derniers véritables moments insouciants pour les jours à venir. Un peu avant midi, j’ai quitté la salle. J’ai rallumé mon portable. Descendu les escaliers pour aller à la cafétéria. J’ai commencé à recevoir les notifications habituelles du Monde, du Hufftington Post, de BFMTV et autres médias. « Fusillade à Charlie Hebdo ». Je n’ai pas immédiatement réagi. J’ai envoyé un message à ma mère pour lui dire comment s’était passé l’épreuve. J’ai acheté de quoi manger. Je me suis installée. Et j’ai lu un article tout autre sur un sujet que j’ai aujourd’hui oublié. Je suis ensuite rentrée. J’ai préparé mes affaires car je rentrais chez moi le soir après avoir fait les soldes en famille à Lille. C’est seulement quand j’ai retrouvé mes parents et qu’on en a un peu discuté que j’ai véritablement réalisé. En fait, j’ai mis un après-midi entier à réaliser. Jusqu’ici je n’avais pas vraiment saisi à quel point ce monde est « globalement barbare » (Enki Bilal). Évidemment, je savais qu’il y régnait beaucoup d’horreur, de crimes commis en toute impunité, de gens malveillants qui cherchaient à faire de lui leur unique terrain de jeu soumis à leurs propres règles.

Il est bientôt une heure du matin. Déjà deux heures que j’essaie d’écrire cet article. De vous raconter la manière dont j’ai vécue l’événement. Mais c’est dur. Vous savez, j’ai mal là. Vous savez, au cœur. J’ai mal au plus profond de moi. « J’ai la vie qui m’pique les yeux, j’ai mon p’tit cœur qu’est tout bleu, dans ma tête j’crois bien qu’il pleut, pas beaucoup, mais un p’tit peu » (Renaud)

Ils les ont tués. De sang froid. Ces 17 victimes. Ces 17 personnes humaines. Ces 17 sourires. Ces 17 regards donnés sur le monde. Ces 17 personnalités. Ces 17 personnes comme toi et moi. « Les animaux d’une même espèce ne luttent jamais à mort : le vainqueur épargne le vaincu. L’espèce humaine est privée de cette protection. » (René Girard) Car il y a des cons qui sous prétexte qu’on les combat avec des mots, avec des dessins, avec des chansons, sous prétexte qu’on pense différemment, sous prétexte qu’on n’est pas comme eux, estiment devoir répliquer en faisant couler le sang, au nom d’une religion qui n’a pourtant rien à voir avec eux, qui ne les représente pas. Mais tout le monde le sait « vivre, c’est courir des risques. » (Paulo Coehlo) Et surtout Cabu, Charb, Tignous et Wolinski le savaient mieux que personne. Mais ils n’avaient pas peur, car « ceux qui ont peur de la mort ne sont pas des gens curieux » (Frédéric Beigbeder), et leur regard sur le monde était si ouvert, et critique, envers tous, contre tout. Et ils savaient qu’ils étaient une menace car leurs dessins pouvaient devenir des prises de conscience parmi les plus fermés d’entre nous. Et ils savaient donc aussi qu’ils étaient tout autant menacés, que le risque les poursuivait sans cesse. Et « je voudrais que le chagrin soit effervescent, comme ça je verserais de l’eau, et je le regarderais se dissoudre lentement » (Ondine Khayat) parce que j’ai été incroyablement touchée, et je ne suis pas sûre de tout comprendre. Pourquoi ? Comment en est-on arrivé là ? Mais à tous ces « gros enculés » (Le Gorafi) de terroristes, sachez que vous êtes seuls. Que vous êtes incroyablement seuls, parce qu’hier la France, mais également le monde entier, s’est levé. « Ce qu’il y a de fantastique avec la vie, c’est qu’elle continue. » (Frédéric Beigbeder). Ces quatre derniers jours, la France a vécu des moments de solidarité, de fraternité intenses en réponse à ces actes hautement condamnables. Tout le monde s’est mobilisé dans un même but, pour une même cause. Soutenir Charlie et les nombreux morts, se battre pour la liberté d’expression, la liberté tout court. Leur montrer que NON, ON NE SE LAISSERA PAS FAIRE. OUI, NOUS NOUS BATTRONS. « En pensant à ça, je me dis que finalement, c’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir, mais aussi quelques moments de beauté où le temps n’est plus le même. C’est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèses dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais. C’est ça, un toujours dans le jamais. » (Muriel Barbery) Nous étions tous ensemble, à Paris, ou en Province, Berlin ou New York, Londres ou ailleurs, réunis pour la liberté. Parce que « dans un roman, tu peux tourner les pages et recommencer une nouvelle fois et tout le monde vit une fois de plus. Ça ne marche pas dans la réalité. » (Ally Condie) Alors il faut se battre, et ne jamais cesser de se battre, et toujours croire en nos convictions.

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« Une génération est une classe d’âge qui a vécu à vingt ans un événement historique dont elle ne se remettra jamais et qui la marquera à jamais. » (Frédéric Beigbeder)

Nous n’oublierons jamais. Je n’oublierai jamais. Je resterai Charlie et tous ses morts.

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